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After the fall of the Khmer Rouge regime in January 1979, Cambodia left behind depopulated cities. A quarter of the population was exterminated including 90% of the local elite. The capital, Phnom Penh, was sorely marked by abandonment during these years of conflict, and the ensuing political instability in the country until the end of the 1990s was not conducive to any development whatsoever.

At the turn of the century, in attempt to catch up, Cambodia bets on urbanization to drive the country's development. This dizzying growth of the Khmer Kingdom under the leadership of Prime Minister Hun Sen was thus made possible thanks to Chinese funds.

In the 2000s, Phnom Penh, a city that desires to look like its neighbours, began to host major urban projects such as the "Phnom Penh City Center" in the Boeung kak Lake district. The lake was dried up and then covered with sand to build a city centre with business districts, residential housing and fast foods. At the same time on Koh Pich, known as Diamond Island, this small island on the banks of the Mekong River, whose 75 hectares of marshland were sold in 2006 to the Overseas Cambodia Investment Corporation, many developments began to emerge. Since then, the island has been undergoing a global transformation led by real estate developers: residential areas with villas, condominiums and a shopping centre, all intented for the rich. One of the neighbourhoods has been nicknamed Elite Town, where a house can cost up to $1 million. Just across the street stands the "Elysées project", a $150 million, staggering real estate project that day after day reveals a little more of this fake Paris with its copies of Haussmann-style buildings and its replica of the Arc de Triomphe.

Each time, the promoters did not hesitate to evict the populations, living mainly from fishing, who had settled there.

Land evictions to encourage private investment, lack of regulatory urban planning to avoid hindering investors, in this political-economic context in rapid transition, many private and public actors are getting rich through land speculation. However, the future of these grandiose projects remains uncertain, as they are totally out of step with the social realities of the city. Phnom Penh wants to be a modern city, but a tiny minority can afford to enter this "new Cambodia". Thus, for now, the brand new condominiums remain mostly unoccupied.

Phnom Penh is "a capital that is developing from the top down, a fledgling urban middle class whose purchasing power is becoming more substantial, a peasantry that is finally integrating, the emergence of a state. But only time will tell if it is not simply a mirage or a white elephant. » says Jean-Claude Pomonti, journalist specializing in Southeast Asia.

This photographic series tends to draw the portrait of a city in transition, in an uncertain Cambodia. While the constructions are accelerating, the city seems permanently unfinished, the population awaiting. Phnom Penh is like so many large cities in Southeast Asia, a swarming city, even suffocating. In the city centre, skyscrapers grow like mushrooms. On the outskirts, streams are silted up, coconut palms cut down, the countryside transformed into housing estates and industrial zones. Phnom Penh is in the same time this burgeoning metropolis and this disappearing landscape.




FR


Après la chute du régime des Khmers rouges en janvier 1979, le Cambodge a laissé derrière lui des villes dépeuplées. Un quart de la population a été exterminé dont 90% de l'élite locale. La capitale Phnom Penh est fortement marquée par l'abandon durant ces années de conflit, et l'instabilité politique du pays qui s'ensuit jusqu'à la fin des années 90 n'aura pas été favorable à quelque développement que ce soit.

Au tournant du siècle, comme pour rattraper son retard, le Cambodge mise sur l'urbanisation de la capitale comme moteur de développement du pays. Cet essor fulgurant que connaît le Royaume Khmer dirigé par le Premier ministre Hun Sen voit ainsi le jour grâce aux fonds chinois.

À partir des années 2000, Phnom Penh, cette ville qui désire tant ressembler à ses voisins, commence à accueillir de grands projets urbains à l'instar du « Phnom Penh City Center » dans le quartier du lac Boeung kak. Le lac est asséché puis recouvert de sable pour y bâtir un centre ville avec quartiers d'affaires, logements résidentiels et fastfood. À la même période sur Koh Pich, dit Diamond Island, cette petite île sur les bords du Mekong dont les 75 hectares de marécages ont été cédés en 2006 à la société d'investissement « Overseas Cambodia Investment Corporation », de nombreux aménagements commencent à voir le jour. Depuis, l'île subit une transformation globale menée par les promoteurs immobiliers : quartiers résidentiels avec villas, condominiums et centre commercial, le tout destiné aux riches. L'un des quartiers a été surnommé Elite Town, où une maison peut coûter jusqu'à 1 million de dollars. Juste en face, se dresse le « Elysées project » un projet immobilier faramineux à 150 millions de dollars qui laisse jour après jour entrevoir un peu plus ce faux Paris avec ses copies d'immeubles de type Haussmannien et sa réplique de l'arc de triomphe.

À chaque fois, les promoteurs n'ont pas hésité à expulser les populations, vivant principalement de la pêche, qui s'y étaient installées.

Évictions foncières pour favoriser les investissements privés, absence de planification urbaine réglementaire pour ne pas freiner les investisseurs, dans ce contexte politico-économiques en transition rapide, nombre d'acteurs privés comme publics s'enrichissent par la spéculation foncière. Toutefois l'avenir de ces projets grandioses demeurent incertains, car en décalage total avec les réalités sociales de la ville. Phnom Penh se veut une ville moderne, mais une infime minorité peut se permettre d'accéder à ce « Cambodge nouveau ». Ainsi, pour l'heure, les condominiums flambant neufs restent en grande majorité inoccupés.

Phnom Penh est « une capitale qui se développe par le haut, des classes moyennes urbaines balbutiantes dont le pouvoir d'achat devient plus substantiel, une paysannerie qui finit par s'intégrer, l'émergence d'un État. Mais seul l'avenir dira s'il ne s'agit pas plus simplement d'un mirage ou d'un éléphant blanc. » nous dit Jean-Claude Pomonti, journaliste spécialiste de l'Asie du sud-est.

Cette série photographique tend à dresser le portrait d'une ville en transition dans un Cambodge en suspens. Alors que les constructions s'accélèrent, la ville semble en permanence inachevée, la population dans l'attente. Phnom Penh est comme tant de grandes villes d'Asie du Sud-Est, une ville qui grouille, qui étouffe même. Dans le centre-ville, les grattes-ciel poussent comme des champignons. En périphérie, les ruisseaux sont ensablés, les cocotiers abattus, la campagne transformée tantôt en lotissements pavillonnaires, tantôt en zones industrielles. Phnom Penh est cette métropole qui éclôt, ce paysage qui disparaît.

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